samedi 3 octobre 2026

Harcèlement au travail au Maroc




1. Des chiffres alarmants

· Harcèlement moral : une étude dans le secteur public marocain montre que 22,50 % des fonctionnaires interrogés en sont victimes, et 19,28 % répondent aux critères de l'OIT (au moins une fois par semaine pendant six mois ou plus).
· Harcèlement sexuel : dans l'industrie automobile de la région de Tanger, environ 21 % des ouvrier(e)s déclarent avoir subi du harcèlement. Dans le textile, les ouvrières font face à un harcèlement sexuel quasi permanent de la part de leurs supérieurs, et celles qui refusent sont souvent poussées à démissionner.

2. Un cadre juridique insuffisant

Malgré la loi 103-13 sur la lutte contre les violences, les experts du OIT pointent plusieurs limites :

· Définition restrictive : le Code du travail ne considère le harcèlement sexuel que comme une "faute grave" de l'employeur. Le Code pénal vise surtout le harcèlement "donnant-donnant" (faveurs sexuelles contre avantages), et non le harcèlement environnemental (climat hostile).
· Charge de la preuve : la voie pénale est insuffisante, car ces actes sont sensibles et manquent souvent de témoins.
· Angles morts : les travailleuses domestiques, particulièrement vulnérables, ne bénéficient pas de protections substantielles contre le harcèlement dans la loi de 2016.

3. Un phénomène massivement sous-déclaré

Les chiffres ne représentent que la partie émergée de l'iceberg :

· Stigmatisation : les victimes sont souvent accusées d'avoir "provoqué" leur agresseur. Les femmes craignent les représailles professionnelles, mais aussi familiales (répudiation, divorce), et préfèrent se taire.
· Manque de connaissance : beaucoup de femmes, surtout les ouvrières, ignorent l'existence de la loi 103-13 ou ne savent pas vers qui se tourner.
· Déni managérial : certains employeurs affirment que "c'est la femme qui décide d'être harcelée" ou nient le problème en invoquant un climat "familial" et respectueux.

4. Des conséquences économiques et profondes

Le harcèlement au travail n'est pas qu'une question de dignité : il menace directement l'indépendance économique des femmes. Il sert souvent d'outil de contrôle pour imposer des conditions dégradantes (heures supplémentaires, salaires réduits) ou bloquer les promotions. Dans le textile, perdre son emploi après avoir refusé des avances met en péril la survie même de ces femmes.

Ces notions montent en quoi il est important pour tout un chacun de se saisir de cette problématique que nous allons étudier du point de vue psychologique dans notre conférence.

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