Un événement traumatique peut bouleverser profondément une personne et laisser des traces bien au-delà du moment vécu. Pourtant, face à une même épreuve, les réactions psychologiques peuvent être très différentes : certaines personnes parviennent progressivement à retrouver leur équilibre, tandis que d’autres développent des troubles anxieux, dépressifs ou un état de stress post-traumatique durable. Pourquoi certaines personnes parviennent-elles à surmonter un traumatisme alors que d’autres restent durablement marquées ? Quels facteurs influencent la capacité à se reconstruire après une telle épreuve ? Éclairage du Dr Bernard Corbel, psychologue.
« Un traumatisme psychologique résulte d’un choc qui vient activer les mécanismes de survie du cerveau. Il survient notamment lorsqu’il existe une disproportion entre le besoin légitime de se sentir en sécurité dans son environnement et la survenue brutale d’un événement vécu comme une menace, avec le sentiment d’une mort imminente, réelle ou symbolique. Face à ce type de situation, le cerveau peut notamment déclencher des mécanismes de survie tels que la sidération ou la dissociation. Les traumatismes peuvent être liés à différentes expériences, parmi lesquelles les viols, les abus, la maltraitance durant l’enfance ou à l’âge adulte, notamment dans le cadre des violences conjugales, mais aussi la négligence émotionnelle grave, le harcèlement scolaire ou professionnel prolongé et l’emprise sectaire », explique le psychologue.
Et d’ajouter que « certains événements, plus rares mais particulièrement intenses, comme les catastrophes naturelles, les guerres, les attentats ou encore les persécutions sociales, peuvent également laisser des séquelles profondes. Enfin, le fait d’être témoin impuissant d’un drame peut, lui aussi, provoquer un traumatisme aussi profond que celui vécu par la victime directe, auquel peut s’ajouter un sentiment de culpabilité durable. Cela concerne notamment les enfants, les secouristes, les professionnels de santé ou encore les soldats confrontés à des situations dramatiques ».
D’après le Dr Bernard Corbel, « les principaux signes sont des flashbacks, des cauchemars et des souvenirs envahissants qui font revivre à répétition l’événement au présent. Le sujet devient littéralement phobique par rapport à certains éléments de sa perception qui vont activer sa mémoire traumatique ».
« Comme avec toute phobie, on retrouve l’évitement des situations susceptibles de lui faire du mal. Il ne peut pas se raisonner : ce sont des automatismes mentaux qui se sont mis en place et constituent une forme d’hypervigilance. Fréquemment, la personne éprouve un sentiment de honte. À signaler également, une modification durable de la vision du monde et de soi », détaille l’expert.
Face au même choc, pourquoi certains se reconstruisent-ils alors que d’autres restent durablement marqués ?
« Il faut tout d’abord souligner que les différences de réaction face à un événement violent ou profondément déstabilisant ne relèvent ni d’un manque de volonté ni d’une quelconque “faiblesse” de caractère. Les circonstances susceptibles de provoquer un choc traumatique sont complexes et difficiles à expliquer. Un traumatisme peut toucher n’importe quelle personne dès lors que certaines conditions sont réunies : le caractère soudain et inattendu de l’événement, l’impossibilité de fuir ou de se protéger, ainsi que le sentiment d’une mort imminente, réelle ou symbolique. Plusieurs de ces éléments peuvent notamment renvoyer à ce que l’on appelle la dissonance cognitive », explique le Dr Bernard Corbel.
« Néanmoins, il faut prendre en compte le fait qu’une personne déjà traumatisée, au regard de son parcours biographique, va augmenter sa sensibilité si elle n’a pas opéré de résilience. Enfin, un aspect fondamental est l’environnement sémantique autour de l’événement. Les personnes elles-mêmes en état de choc émotionnel vont démultiplier le traumatisme. Des personnes calmes et rassurantes vont amortir le traumatisme et en diminuer l’intensité et la portée », souligne le psychologue.
Quand faut-il consulter et quelles prises en charge au Maroc ?
« Au Maroc, l’offre de soins repose sur le secteur public, services de psychiatrie des CHU, centres de santé mentale (CSM) et hôpitaux régionaux, complété par certaines associations et lignes d’écoute, ainsi que sur les cabinets privés de psychiatres et de psychologues cliniciens, spécialisés dans le traitement des troubles traumatiques », explique l’expert.
Et de conclure : « il est primordial de consulter un professionnel de santé mentale lorsque les symptômes deviennent persistants et commencent à affecter le quotidien. Une prise en charge est notamment recommandée en cas de reviviscences traumatiques, d’angoisses aiguës, d’attaques de panique ou d’insomnies sévères et prolongées. Elle devient également nécessaire lorsque la personne éprouve une incapacité à travailler, un désinvestissement de la vie familiale, un repli sur soi ou une perte totale d’intérêt pour les activités habituelles. Enfin, l’apparition de comportements à risque ou de pensées suicidaires constitue un signal d’alerte majeur nécessitant une consultation rapide ».



